Les risques psychosociaux en entreprise : un fléau invisible mais dévastateur
- Expert CSE
- 29 juil.
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En 2025, 59% des salariés français ont été confrontés aux RPS, dont 32% comme victimes directes et 34% comme témoins. Ces chiffres sont vertigineux et témoignent d'une réalité que beaucoup d'employeurs refusent encore de voir.
Tout comprendre sur les risques psychosociaux
Les risques psychosociaux (RPS) sont des situations de travail complexes et multiformes qui mettent en danger la santé mentale et physique des salariés. Les RPS correspondent à des situations de travail où sont présents, combinés ou non : du stress (déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes de son environnement de travail et la perception qu'elle a de ses propres ressources pour y faire face), des violences internes commises au sein de l'entreprise par des salariés (harcèlement moral ou sexuel, conflits exacerbés entre des personnes ou entre des équipes) et des violences externes commises sur des salariés par des personnes extérieures. Cette définition de l'INRS fait aujourd'hui référence et elle permet de comprendre que les RPS ne se limitent pas au simple stress mais englobent un ensemble bien plus large de facteurs de risque.
Les six familles de facteurs de RPS
Le rapport Gollac publié en 2011 a établi une typologie qui structure désormais toute l'approche de prévention des RPS. Les facteurs de risques psychosociaux sont regroupés autour de 6 axes : intensité au travail et temps de travail (intensité, complexité, durée du travail, conciliation travail/hors travail), exigences émotionnelles (relation au public, contact avec la souffrance, devoir cacher ses émotions), autonomie au travail (anticipation, enrichissement et accroissement des compétences, monotonie), rapports sociaux au travail (relation collègues, reconnaissance, justice organisationnelle, management, violence interne, violence externe), conflits de valeurs (conflits éthiques, qualité empêchée, travail inutile) et insécurité de la situation de travail (sécurité de l'emploi, soutenabilité, changements). Cette grille d'analyse est essentielle pour comprendre l'origine des RPS dans une organisation.
Des conséquences humaines dramatiques
Les effets des RPS sur la santé des salariés sont multiples et graves. Sur le plan psychologique et physique ces risques sont de nature à favoriser des pathologies comme les dépressions, les troubles du sommeil, les troubles cardiovasculaires, les ulcères ou encore les maladies psychosomatiques.
Les chiffres récents montrent une aggravation inquiétante de la situation. Le stress chronique touche particulièrement les femmes avec 45% des salariées concernées contre 26% des hommes tandis que 35% des femmes rapportent un burn-out récent (contre 21% des hommes). Le burn-out (ou épuisement professionnel) est devenu un véritable enjeu de santé publique. En l'espace de 5 ans nous sommes passés de 200 cas de burn-out reconnus en 2012 à 1100 cas en 2016 et les durées moyennes d'arrêt sont supérieures à 1 an (environ 400 jours contre 112 jours pour les autres types d'accident du travail).
L'obligation légale de prévention pour l'employeur
Le cadre juridique est sans équivoque. L'employeur est tenu d'évaluer l'ensemble des risques auxquels sont soumis les salariés de son entreprise (ce qui inclut les RPS) et de préserver leur santé physique et mentale.
Les RPS sont donc à prendre en compte au moment de l'évaluation des risques et à intégrer au document unique au même titre que les autres risques. Pourtant la réalité du terrain est tout autre. Seulement 54% des entreprises françaises affirment avoir mis en place des dispositifs de prévention spécifiques aux RPS selon une enquête menée par la DARES en 2023. Cela signifie que près de la moitié des entreprises sont en infraction avec leurs obligations légales et exposent leurs salariés à des risques majeurs.
Le problème du sous-signalement
Un phénomène particulièrement préoccupant que j'ai constaté tout au long de ma carrière c'est la loi du silence qui règne autour des RPS. Seulement 26% des victimes ou témoins osent signaler les RPS principalement en raison du besoin de confidentialité (60%), de l'ignorance des procédures (42%) ou de la peur des représailles (34%). Pourtant les entreprises surestiment ce taux à 62% et 54% des signalements déclenchent une action corrective. Cette différence de perception entre employeurs et salariés révèle un fossé considérable. Les directions pensent que tout va bien et que les salariés s'expriment librement alors que dans les faits la majorité des victimes se taisent par peur ou par résignation. C'est un échec collectif qui pèse lourd.
J'ai vu pendant mes années de mandat des situations absolument dramatiques où des collègues craquaient psychologiquement parce que personne n'avait pris au sérieux leurs signaux de détresse. Des arrêts maladie à répétition des absences non justifiées des larmes dans les vestiaires. Tout était là sous nos yeux mais la machine continuait de tourner comme si de rien n'était. Et puis un jour c'est le drame. Quelqu'un ne revient plus jamais. Démission brutale arrêt longue durée parfois pire. On ne peut pas laisser faire ça. On ne doit pas. Les RPS tuent à petit feu et c'est notre responsabilité collective de représentants du personnel de ne jamais fermer les yeux.
Les outils de diagnostic et de prévention
Heureusement des solutions existent pour agir efficacement. La démarche de prévention des RPS passe par plusieurs étapes structurées : le diagnostic (pour identifier les facteurs de risque présents dans l'organisation), l'évaluation (pour mesurer l'ampleur des expositions), la définition d'un plan d'action (pour réduire les facteurs de risque à la source) et le suivi (pour vérifier l'efficacité des mesures mises en place). Des outils de diagnostic à réaliser en autonomie au sein de l'entreprise ont été développés par l'INRS : pour les entreprises mono-établissement RPS-DU (grille de questionnement en 26 points) et pour les entreprises multi-établissements l'outil « Faire le point RPS » (sur la base de 41 questions à discuter collectivement). Des diagnostics peuvent également être réalisés par des organismes référencés par le réseau de l'Assurance Maladie et financés à hauteur de 70% (dans la limite de 25 000 €).
Le rôle central du CSE dans la prévention des RPS
Les élus du CSE ont un rôle majeur à jouer dans l'identification et la prévention des RPS. Ils sont en première ligne pour recueillir les signaux faibles observer les situations de travail dégradées et alerter l'employeur. Mais pour exercer pleinement cette mission ils doivent être formés. Une formation SSCT de qualité doit intégrer un volet complet sur les RPS : comment les identifier comment mener une enquête comment analyser les indicateurs (absentéisme turnover arrêts maladie) comment proposer des mesures de prévention primaire qui agissent sur les causes et pas seulement sur les conséquences. C'est un sujet exigeant techniquement et émotionnellement mais c'est au cœur de la mission de protection de la santé des salariés.
Si vous êtes élu du CSE et que vous voulez vraiment vous outiller pour agir sur les RPS dans votre entreprise je vous invite à consulter mon comparatif des meilleures formations CSE à Montpellier où j'ai identifié les organismes qui proposent des formations vraiment opérationnelles et incarnées par des formateurs qui connaissent le terrain et ses réalités. Parce que sur un sujet aussi crucial que la santé mentale au travail on ne peut pas se contenter d'une formation standard et théorique.